Je m’attendais à retrouver une vibe Marchebranche mais on a très vite compris que ça n’allait pas être ça.
Les Sylvonautes est un jeu Belonging Outside Belonging dans lequel on est dès l’orée guidé par la présence omineuse et tutélaire de @Thomas_Munier dans une série de choix pas à pas vers une “page commune” (same page). J’apprécie beaucoup cette session 0 accélérée et extrêmement sécurisée. Il y a beaucoup de choix et j’y vois 2 risques à chaque extrême : le premier est de jeter plus de pâtes sur les mur qu’il ne peut y rester coller, risque minime, mais peut-être à signaler pour éviter le gaspillage ; le deuxième est de cocher tous les choix qui laissent ouverts toutes les possibilités, accumulant beaucoup de blanc pour les pages à venir. Le plus probable est tout de même d’atterrir dans un entre-deux chaud, dense, sombre et collant - à nos envies.
CW: santé mentale, oppression, violence
Je ne résiste pas au plaisir d’évoquer nos 2 mauvaises herbes à la recherche des Masques d’Or sur leur pétaradant side-car : Charogne, un système de personnalités corvax morbide et exalté, et l’Autre, un sorcier en sinistres haillons, tenant à distance le horla qui marche dans son ombre par des pactes obscurs, des rituels maléficiants, et une tambouille toxique et blasphématoire.
L’histoire s’ouvre dans les ruines de Crèvebourg englouties par la forêt. Les deux amis conversent en langue putride, évoquant entre autres le but de leur quête et asticotant la fée grotesque que l’Autre retient dans une cage. Je ne donne pas tous les détails par égard pour votre santé mentale.
Plus tard, ayant repris leur route tant bien que mal entre la boue et les racines, ils sont enserrés par des enfants-lianes inexorables et sibyllins que Charogne, possédé par l’ancestrale et paroxystique Violence, déchiquète formidablement.
Je ne raconte pas tout : juste un aperçu pour faire sentir qu’en 2h30, le contrat est posé, la couleur saisissante, et l’envie d’une courte campagne solidement enracinée..